Complexe touristique

J’ai vécu ma vie en touriste? Peut-être. En voici le témoignage en poème.

Je n’avais rien réservé pour l’année,
Et pourtant, à l’évidence, je suis né.
Impossible d’annuler la réservation
Quand marcher n’est pas une option.

On continue son bonhomme de chemin
Pour enfin devenir un gentil petit gamin
Qu’on façonne à loisir, en « all inclusive »,
Jusqu’à ce que la crise d’ado s’en suive.

C’est là qu’on se pose des questions.
Qui a fait cette putain de réservation ?
Qui m’a collé cette peau et ces idées
Noires, suicidaires jusqu’à en bander ?

Mais je ne quitte pas l’hôtel,
Même si l’occasion est belle.
Foutu complexe touristique,
J’ai trop aimé avoir la trique.

A la fleur de l’âge, pousse les ambitions
Comme les poils au milieu des garçons.
La liberté n’empêche d’aimer les couleurs
Des couloirs de ce pénitencier où j’effleure

L’amour, la mort, les angoisses et le bonheur.
J’ai exploré les environs, j’ai perdu des heures
A m’émerveiller d‘un futur à tout vouloir m’offrir
Comme si la jouvence ne pouvait jamais flétrir.

On pense que la carte est un puit sans plafond,
On va pouvoir tout s’acheter mais, dans le fond,
Rien n’assouvit le vide du trou invisible et béant
Qui reste là, en plein cœur, car on est plus enfant.

Mais je ne quitte pas l’hôtel,
Même si l’occasion est belle.
Foutu complexe touristique,
J’ai trop aimé avoir la trique.

Et c’est là qu’on voit la vie comme une vacance,
Elle passe et s’effile, loin du filet qu’on balance
Dans le Styx remuant. On a acheté des souvenirs
Que je garde pour pouvoir continuer à sourire.

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