Complexe touristique

J’ai vécu ma vie en touriste? Peut-être. En voici le témoignage en poème.

Je n’avais rien réservé pour l’année,
Et pourtant, à l’évidence, je suis né.
Impossible d’annuler la réservation
Quand marcher n’est pas une option.

On continue son bonhomme de chemin
Pour enfin devenir un gentil petit gamin
Qu’on façonne à loisir, en « all inclusive »,
Jusqu’à ce que la crise d’ado s’en suive.

C’est là qu’on se pose des questions.
Qui a fait cette putain de réservation ?
Qui m’a collé cette peau et ces idées
Noires, suicidaires jusqu’à en bander ?

Mais je ne quitte pas l’hôtel,
Même si l’occasion est belle.
Foutu complexe touristique,
J’ai trop aimé avoir la trique.

A la fleur de l’âge, pousse les ambitions
Comme les poils au milieu des garçons.
La liberté n’empêche d’aimer les couleurs
Des couloirs de ce pénitencier où j’effleure

L’amour, la mort, les angoisses et le bonheur.
J’ai exploré les environs, j’ai perdu des heures
A m’émerveiller d‘un futur à tout vouloir m’offrir
Comme si la jouvence ne pouvait jamais flétrir.

On pense que la carte est un puit sans plafond,
On va pouvoir tout s’acheter mais, dans le fond,
Rien n’assouvit le vide du trou invisible et béant
Qui reste là, en plein cœur, car on est plus enfant.

Mais je ne quitte pas l’hôtel,
Même si l’occasion est belle.
Foutu complexe touristique,
J’ai trop aimé avoir la trique.

Et c’est là qu’on voit la vie comme une vacance,
Elle passe et s’effile, loin du filet qu’on balance
Dans le Styx remuant. On a acheté des souvenirs
Que je garde pour pouvoir continuer à sourire.

Mots biles

J’ai dans la tête des tas de mots grognant
Des prières vaudous qui resterons muettes.
Mes pensées en cage, sans cesse cognant
Les murs de ma peur, ne font pas la fête.

Elles feulent des avertissements incompris
Face à une proie inconscientes de son rôle
Dans le drame que Dame nature lui miaule.
Je n’attends qu’à pouvoir te faire payer le prix.

Enfin tu rugis de douleur à la vue de mes crocs !
Et même si j’avais tout fait pour te voir ramper,
Tu veux t’arracher de mes griffes et décamper
Avant que je déchiquète ton corps un peu trop.

Désossé

J’ai de la mélasse dans mes veines
La tension à un à l’heure.
Pourvu que les journées se trainent
Pour que rien ne meure

Y’a trop de bouchons dans mes nerfs
Pour pouvoir me révolter.
J’aimerais tellement être encore véner,
Encore jeune et survolté !

Mais la vie m’a désossé,
Trainé dans tous mes états,
Vendu à la découpe.
J’ai été plus que rossé
Par tous ces mauvais ébats.
J’ai bu toute la soupe,
Mais je n’ai pas grandi,
Mais ne pas vraiment appris.

Faut que je tente de tout reconnecter,
Neurone par neurone
Avant que la montre décide de m’éjecter
Avec ou sans couronne.

Résilience

Tandis que les ennuis pleuvent comme les cigales
Et que l’angoisse tambourine les cymbales,
Je regarde en souriant les vautours dans une danse
Faisant voler la fine poussière en abondance.

Alors même que le soleil brûle ma viande trop cuite
Sans se soucier de pouvoir écrire une suite
Dans la foulée, je dégouline de ce combatif bonheur
Qui irradie mes sens car je voir venir l’heure.

Ils ont beau lâcher les chevaux au galop sur les routes,
Retirer les lambeaux de moi en tas de croûtes,
Je n’en démords pas, j’avance surement, coute que coute,
Je file à pas lent vers ma destinée, sans doute.

Chaque petite goutte va te nourrir
Jusqu’à ce que, d’épuisement, en sourire,
J’épuise mes farces pour tenter de sauver
Tout ce qui peut l’être, car je l’ai rêvé.

Au placard les espoirs

Dévore ma peau, j’te dis !

Goûte ma chair de poule

D’aimer n’est pas maladie,

N’écoute pas cette foule

Ce sont des singes savants

Qui ne savent rien de toi,

De tes fantasmes émouvants

Ou de la Nature et ses lois.

Bois mes paroles, apôtre

En devenir de mes nuits

Qui deviendrons nôtres.

Jamais l’Amour ne nuit.

Tu n’as aucune raison de laisser

Au placard tes espoirs.

Tu as toutes les raisons d’enlacer

Avant de nouveau choir.

Les mots vont sortir en fontaine

Quand tu vas comprendre

Que tu te moques de leur haine

Car ta vie n’est pas à vendre.

Explore ton cœur naissant.

Il va te dire de conquérir

Des terres sans médisants,

Je suis prêt à tout t’offrir.

Arrête de mimer tes vieux

Dans de tristes incantations

Bien loin de ce que tu veux,

Loin de tes vraies passions.

L’indésiré

Je n’ai pas manqué de sang d’encre
Quand j’aurais voulu des sentiments.
Mes yeux n’étaient pas de la bonne couleur
Mais je ne méritais pas les bleus.
J’essuyais les plâtres à la pelle
En espérant une planque pour faire la belle.

A trois-zéro, la balle au centre,
Je continuais à voir mes tourments
Alors que mes nuits étaient sans terreurs
Et le jour un enfer au ciel bleu.
Vous ne viviez que pour elle
Et moi j’espérais faire sauter ma cervelle.

J’ai jeté une bouteille à la mère,
Et elle l’a noyée dans l’indifférence
Comme si de rien n’était, surtout mon âme.
J’ai cherché à me débarrasser
De cette couronne d’épine
A en égarer les morceaux de mon futur.

Tout avait un sale goût d’amer
Lorsqu’il aboyait la quintessence
De ces édits pour me voir partir en flamme.
Dans un jardin d’opiacées,
J’ai enterré la cocaïne
Dont j’aurais besoin pour la morsure.

Je n’ai pas de mots assez forts
Pour définir l’indifférence voulues,
La comédie hypocrite de nos retrouvailles.
Je n’ai plus les jambes
Pour endurer tout ça.
J’ai besoin d’une bouée pour respirer.

Je ne compte plus les morts
Dans ma tête pour voir mon Salut.
J’ai tellement peur qu’elles ouvrent la faille
De gagner enfin l’ambe,
La liberté du forçat
Aura un prix auquel je ne suis paré.

Pas à la bonne place

J’ai beau créé des souvenirs avec toi
Lors de mes nuits, Le temps les effacent
Comme l’eau quand des doigts on trace
Sur le sable, comme tes mots patois.

C’était pas le paradis, ni le purgatoire
Mais certainement loin de mon enfer,
Cette maison où m’étreignais les fers
Quand je ne passais pas dans le hachoir.

Tu semais en moi les mots nécessaires
Pour créer mon propre jardin d’Eden.
Tu as tracé le sillon que dans les veines
Ne me blessent pas trop les faussaires.

Personne ne la voulait
Alors tu as pris la bonne place
Laissé par ces boulets
Dont je goutais les godasses.
Personne pour m’aimer
Sauf à me traiter de fainéasse.
Tu as su en moi essaimé
Les mots pour regarder en face.
Je ne laisserai personne
Dire que tu n’es pas à ta place
Car grâce à toi je donne
Le meilleur pour garder trace.

Que tu sois au purgatoire ou paradis,
J’aurais tant voulu un destin à la Thésée
Pour que tes mots viennent m’apaiser
Mais si aujourd’hui je pense avoir grandi.

Ton trône est toujours sur son piédestal,
Un tapis rouge pour tracer le chemin
Et je suis prêt pour te tendre la main
Et avec toi pouvoir contempler les étoiles.

Ça n’a aucun sens

Goûter à ta peau salée
M’a fait saisir la saveur
Qui manquait au palais.
Je te mangerais à toute heure

Sentir ton parfum boisé
A réveillé mes narines
Pour des nuits si osées
Qu’elles sont plus que coquines.

Entendre ta voix posée
A créé bien des transes
Avec tes mots déphasés
Lorsqu’aujourd’hui j’y pense.

Ça n’a aucun sens
D’avoir tout perdu
Parce que ton existence
N’était en fait pas un dû
Aveugle, muet, sourd
Je n’ai plus de repères,
Juste un compte à rebours
Pour me laisser défaire.

Voir ton sourire solaire
A ébloui les journées
Envahies de froid polaire.
Devant lui, j’étais prosterné.

Toucher ta peau soyeuse
A ébranlé mes nuits enfiévrées
Où mes mains cailleuses
Faisaient tout pour le manœuvrer.

Ça n’a aucun sens
D’avoir tout perdu
Parce que ton existence
N’était en fait pas un dû
Aveugle, muet, sourd
Je n’ai plus de repères,
Juste un compte à rebours
Pour me laisser défaire.

L’infernale attente

Je n’irai pas brûler des cierges
Pour la venue du Messie.
Je prierai les Dieux et les Vierges
Pour fuir sa suprématie.

Les palpitations m’enserrent
A rythme soutenu
Et mon cerveau à rien ne sert
Pour apaiser sa venue

Une aurore réchauffe mon âme
De son astre à venir
Même si la raison à raison s’exclame
« Ton passé n’est pas l’avenir »

Dés la sortie du tunnel, j’ai peur
Que ce voyage sans fin
Me ramène vers ma déliquescente stupeur
De souffrir de ma faim
Qu’un jour nous puissions parler
Sans voir ma souffrance déferler.

Les membres fantômes

Pourrait-on boire ensemble un dernier bouillon ?
Je ne les aimais pas, mais je la finirais, c’est promis.
Pourrait-on nettoyer encore l’étable à cochons ?
Ça me dégoutait, mais je n’y irais pas à l’économie.

Pourrait-on broyer encore un sceau de betteraves ?
Je détestais les décrasser mais je le garderais pour moi.
Pourrait-on regarder ces foutus feuilletons pouraves ?
Ils m’ennuyaient mais je ne serais pas encore rabat-joie

Je paierai le prix du sang pour un moment à vos côtés.
Je me soumettrai à qui de droit pour entendre vos voix.
Malgré tous les merveilleux rêves que vous avez habités.

Pourrait-on encore un instant se dire les pires banalités ?
Je n’en peux plus d’être un petit-fils toujours aux abois.
Vous me manquez à en déchirer mon cœur à perpétuité.