L’âge de Paul

Ses paupières s’ouvrent sur sa chambre obscure, juste éclairée par son téléphone vibrant. Il est alors 7h15. Ses mains cherchent instinctivement le bouton de la lampe. Un clic, mais aucune réaction. Son cerveau se dégourdit enfin. Serait-ce une coupure de courant ? Il vérifie d’abord sur l’écran. La batterie est à 95%. Étrange. L’électricité a dû sauter depuis un moment. Il allume la fonction lampe et regarde autour. Et là, il maudit les volets électriques. Putain de modernité. Est-ce juste son bâtiment ou plus général? On peut rêver. En attendant, il se retrouve néanmoins dans un appartement sans lumière extérieure. Avant d’attraper des fringues pour sortir de sa chambre, il souhaite texter Joris. Comprendre s’il est le seul touché. Zéro réseau. Retour à l’âge de pierre. La panne semble finalement plus importante que prévue. Il est temps de s’habiller. Une petite inquiétude monte dans son corps pas encore réveillé, mais en alerte. – Ha ! Bonjour, Paul. Y’a une panne d’électricité. Ton père regarde. – Bonjour, maman. Les nouvelles vont vite, on dirait. T’as deviné comment ? – Oh ça va ! T’es un clown ce matin ? Je suis déjà énervée, alors ton humour… Il ne pouvait s’empêcher de sourire après chacune de ses piques. Sa mère court quand il l’a fait marcher. Il en garde une certaine fierté. – M’man ! J’ai pas de lumière ! C’est normal ? vocifère sa frangine de sa chambre. – Ben ouais ! T’as été fini à la pisse, s’amuse-t-il à dire, assez fort pour qu’elle entende. – Paul ! C’est pas le moment, le reprend sa mère, passablement agacée des provocations de son fils. – T’es vraiment qu’un abruti, hurle sa sœur, manifestement consciente du trait moucheté. Et cela le réjouit. Il a eu sa victoire du jour. Son père se plaint de la panne, étonné que le réseau téléphonique soit lui aussi touché. Paul se demande d’où lui vient son intelligence. Comme si de rien n’était, les parents décident que chacun vaquera à ses occupations habituelles, malgré les protestations adolescentes. Paul prend son sac à dos, suivi de près par sa sœur, elle aussi au lycée. A priori, ses parents ont décidé de décongeler les deux marmots au plus vite pour être tranquille. Il espère que la porte d’entrée est bloquée pour ne pas aller au lycée, mais, malheureusement pour lui, elle est ouverte aux quatre vents. Tout le monde se surprend à se retrouver dès le début d’après-midi. La porte du garage en sous-sol a refusé de se lever malgré les protestations des automobilistes. Le père raconta avoir pris son vieux vélo pour aller au bureau (1 h à ramer pour arriver en sueur… sans même être assuré de trouver le chemin sans GPS… Il se plaindra lorsqu’il le pourra) tandis que la mère partit à pied. Tous les deux réapparurent dès midi, puisque rien ne fonctionnait. Paul et sa sœur durent attendre que le proviseur passe dans toutes les salles pour demander aux lycéens venus de rentrer chez eux. Paul en a profité pour discuter avec Joris. La panne est générale. Paul s’est amusé à scruter tous ses camarades, paniqués sans téléphones. Beaucoup ne sont pas venus, incapables de trouver le chemin du lycée à pied. Paul s’étonne de voir ses parents ne penser qu’au moment où l’électricité reviendra. Il sent bien que ce ne sera pas le cas. Comme son père a eu le réflexe d’acheter quelques bougies, deux lampes de poche et un réchaud, on arrivera à manger. Leur mère a commencé par les aliments au frigo avant de les perdre si ça dure. Le repas se passe en silence. C’est moins drôle que devant la télé. Les rares tentatives de couper le mutisme tombent à plat. Chacun rejoint sa chambre pour dormir. Paul s’amuse à comparer cette nouvelle vie à un Koh-Lanta. Lorsque Paul se réveille, son téléphone est mort et son espoir de voir revenir le courant avec. La fée électricité les a abandonnés. Comment ? Il ne sait pas ? Mais il pense au fond de lui que le piège se referme dans cet appartement. Ils vont devoir partir. Où ? Chez grand-papi à la campagne ? Ils n’auront bientôt plus de quoi se nourrir. Et, à ce moment-là, ils ne seront pas les seuls dans cette situation. Sa famille n’est pas armée pour ça. L’angoisse monte. Il espère se faire une frayeur pour rien, mais la durée de la panne l’inquiète. Chacun tente de vaquer à des occupations dans le salon, unique pièce exposée au soleil désormais. Cela a un côté prison forcée. Le manque de lien saute à la figure. Il n’y a vraiment aucun courant ! Quand se sont-ils parlé franchement, sans blague et d’autres choses que de banalités ? C’est vertigineux comme question. Paul voit bien que sa mère cogite tandis que son père rumine, attendant toujours le retour de l’Ancien Monde. Cela attriste Paul. Il ne comprend rien malgré ses diplômes. Sa sœur s’ennuie. Une vraie toxico en sevrage. Elle alterne prostration, protestation et proclamation victimaire. Une véritable pro du martyre. Paul ne l’embête plus, elle le fait bien toute seule. Il doit par contre discuter avec sa mère. Chaque jour ici les rapproche du danger, il le sent dans ses veines. Il observe sa mère, prête à vaciller, mais ne rompant pas. Au troisième jour, il sait qu’elle y songe. Son père, défaitiste, commence à compter les rations. Sa sœur est toujours à moitié folle. Irrécupérable. Ne plus scroller la rend irascible. Elle voudrait voir ses copines, se confier, mais elle est incapable d’aller là-bas. Après une échappée chez Joris au deuxième jour, malgré une heure de marche à pied, sa mère refuse de le laisser partir. Elle aussi ressent une appréhension animale. Joris et Paul sont sur la même longueur d’onde. Ils se donnent rendez-vous dans trois jours. Ils projettent de partir ensemble. Au quatrième jour, une voisine frappe à la porte, paniquée. Lorsque sa mère ouvre, la vieille dame a le visage cramoisi. On devine sa recherche éperdue d’aide. – Bonjour Madame Choquet. Que se passe-t-il ? interroge sa mère avec un air douceâtre. – Bonjour, Vivienne, je ne sais pas quoi faire ! Mon mari doit aller à l’hôpital pour son traitement, mais je n’ai plu de téléphone. Et sans l’ascenseur, impossible de le descendre ! J’ai besoin de votre aide, s’il vous plait. C’est important ! Il faut absolument qu’il y aille. – Je comprends. Mais Arthur n’a pas pu sortir sa voiture. Et je ne pense pas que l’hôpital ait de l’électricité non plus. – Vous plaisantez ? Ils ont forcément des générateurs, quelque chose, souffle la vieille dame. – Mais comment amener votre mari à l’hôpital ? Nos autos sont bloquées en bas. – C’est une question de vie ou de mort ! Ne me laissez pas tomber, je vous en prie ! Vivienne cède. Paul et Arthur vont aider Mme Choquet. Après tout, ils ont trois étages à descendre. Avec un peu de chance, ils pourront ensuite l’abandonner devant et trouver un taxi ou autre, même s’ils ont vu de moins en moins de voitures circuler. Ils portent M. Choquet dans les escaliers, une lampe de poche à la main. Vivienne est derrière avec le fauteuil roulant. Chacun fait attention de ne pas tomber dans les escaliers, mais les manœuvres sont complexes. Le malade murmure des paroles inaudibles. Paul se dit qu’il est déjà en train de partir. C’est inutile, mais ne rien faire paraitrait égoïste. Au rez-de-chaussée, Paul ouvre la porte et s’appuie de son dos pour faire basculer M. Choquet et son père vers le palier. Celui-ci jette un ouf de soulagement bien sonore. – Hé ! Vous là ! Bougez pas, lance un jeune en direction du trio, la mère étant encore dans l’escalier avec le fauteuil. Paul voit le flingue. Et les autres gars armés derrière. Il se retourne et fuit. Il délaisse le vieux mort en devenir. Il a seulement le temps d’entendre son père quémander « Ne tirez pas ! ». Les deux détonations ne laissent aucune place au doute . Sa mère et ce fauteuil roulant désormais inutile en travers de son chemin, Paul lui fait lâcher l’appareil. Il l’emmène de force vers le haut. Par chance, elle n’a pas eu le temps de digérer ce qui vient de se passer. Elle le talonne, regardant juste de temps en temps si son mari le rattrape. Elle sait de toute façon qu’elle doit galoper. Paul lui en sait gré. Arrivés à leur étage, haletant, sa mère se tourne vers l’escalier, au cas où. Mais Paul ne prend pas de gants et souffle un « Non ! » catégorique qui la laisse pantoise. Elle commence à comprendre. Ils franchissent le seuil. Paul bloque la porte avec le meuble d’entrée, puis court en chercher un autre. – Et ton père ? – Il est soit mort, soit échappé, soit otage. Dans aucun cas, il ne faut qu’ils s’introduisent ici. Elle ne répond pas. Elle analyse les dires de Paul. Sa sœur vient aux nouvelles, mais il lègue à sa mère le soin d’expliquer. Il doit protéger ce qui peut l’être. La panique envahit sa frangine, mais Vivienne tente de la calmer. – Pourquoi sont-ils ici ? Qu’est-ce qu’on leur a fait ? geint sa sœurette. – On n’a rien fait. Mais ils ont besoin de se nourrir, comme nous. Ils savent que ça va durer. Ils ont pris les devants. Et ils seront plus nombreux. – Mais l’électricité va finir par revenir ! Et la police ! Tout ! tente-t-elle de hurler entre deux pleurs. T’as toujours été pessimiste, de toute façon. – Vaut mieux être pessimiste que mort ! Comment peux-tu croire que la situation rentrera dans l’ordre quand la ville la plus grande et la plus importante du pays n’a plus de jus depuis quatre jours ? Ouvre les yeux ! Sinon, ces gars vont te les fermer. Son regard noir continue à assassiner son frère, mais elle n’objecte plus. En même temps, il s’en fout. Sa mère acquiesce lorsqu’il décide de partir le plus loin et le plus vite. Ils ont trop tardé. Elle a espéré. Elle lui montre son soutien. Des coups de feu s’entendent en bas. Ils ont visiblement commencé le pillage. Leurs bruits sont entremêlés avec des cris de terreur purs. Chacun lutte désormais pour sa survie dans cet immeuble cossu de Paris. Paul prépare en vitesse un sac pour chacun avec l’aide de sa mère. Pas de chichi. Il prend le réchaud, des conserves et des bougies. Vivienne remplit les autres. Sa sœur s’accroche à son doudou, laissé depuis longtemps dans un tiroir de sa chambre. Elle le sert fort. Il aimerait tant pouvoir avoir sa candeur. Trop tard. Les cris se rapprochent. Ils doivent être au premier ou au second. Pas de doute, ils achèvent les récalcitrants. Ils savent que leur avenir se joue là. Plus rien ne reviendra. Il faut survivre. Mais comment sortir sans être vu ? Vivienne et lui se regardent. La chambre parentale. À deux, ils défoncent la porte-fenêtre, puis s’attaquent au volet électrique. La statue antique se donne de bonne grâce au travail. Lorsque les premières lames s’écartent sous la pression, Paul et sa mère tirent de toutes leurs forces. Il leur suffit de quelques dizaines de centimètres. Sa sœur a découpé des draps pendant ce temps. Avec de la chance, les volets en dessous de leur appartement sont eux aussi fermés. Tout le monde attache les bandes de tissu les unes aux autres. Les cris et les tirs s’intensifient et plongent au fur et à mesure leurs nerfs dans un bain bouillant. Combien de temps avant qu’ils ne frappent à leur porte ? Et y a-t-il un guetteur à l’entrée ? Il accroche la corde à la rambarde. Cette fois-ci, les pilleurs sont bien à leur étage. Les cris sont proches désormais. Paul va chercher en urgence sa batte dans sa chambre et l’arrime à son sac. Il descend d’abord, les mains humides, le front brulant. Il ouvre la voie pour s’assurer qu’il n’y a personne. Les volets du second sont fermés. Du premier aussi. Idem en bas. Il peut se poser. Il fait signe à sa sœur de descendre. Il inspecte doucement dans le salon de l’appartement du bas. Il voit deux cadavres. Ses deux premiers. Il bloque son souffle de peur de crier. Sa mère regarde en bas, l’air paniquée. Paul sait qu’ils frappent chez eux. Ils tentent de défoncer la porte. Sa sœurette n’est pas encore par terre, mais Vivienne commence la descente. Il reluque une dernière fois. Personne à l’intérieur. Ils peuvent passer. Il prévient sa frangine de ne pas mater, de peur qu’elle hurle. Il court vers le sas d’entrée, collé au mur. Il jette un coup d’œil. Évidemment, il y a un guetteur. Et un autre sur le trottoir. Paul se penche alors pour prendre un caillou et le fait glisser sur la chaussée, devant lui. Il entend le garde faisant office de portier sortir de l’immeuble et s’avancer dans le chemin. Paul s’est donné le temps de réfléchir. Il abat sa batte dans le crâne du jeune homme. Il s’effondre comme une chiffe molle, son revolver à la main. Le bruit surprend le guetteur dehors. Il se retourne sur le trottoir avec sa carcasse de videur de nuit. Paul ne l’a jamais fait, mais tant pis. Il a pris l’arme de la marionnette à ses pieds. Il troue le mastodonte devant lui, interloqué par le spectacle inattendu. Il n’a pas eu le temps de dégainer. Paul entend le cri de sa frangine, comme s’ils émanaient d’un autre monde. Il a réussi, mais ce cri va rameuter la bande. Il se retourne pour voir sa mère agripper sa sœur et l’emmener en accourant vers lui, vers la sortie. Ils viennent de franchir un premier défi. Les suivants seront pires. Mais en attendant, ils détalent. Juste eu le temps de prendre le second flingue lorsqu’il a compris qu’une partie du gang allait les traquer. Peut-être même les rattraper. Encore quelques minutes à vivre. Un sourire de satisfaction aux lèvres. Adieu le lycée. Adieu papa. Tant pis pour Joris. Il comprendra s’il n’a pas déjà été assassiné. C’est désormais l’âge de Paul. Et il faudra qu’il dure.

Complexe touristique

J’ai vécu ma vie en touriste? Peut-être. En voici le témoignage en poème.

Je n’avais rien réservé pour l’année,
Et pourtant, à l’évidence, je suis né.
Impossible d’annuler la réservation
Quand marcher n’est pas une option.

On continue son bonhomme de chemin
Pour enfin devenir un gentil petit gamin
Qu’on façonne à loisir, en « all inclusive »,
Jusqu’à ce que la crise d’ado s’en suive.

C’est là qu’on se pose des questions.
Qui a fait cette putain de réservation ?
Qui m’a collé cette peau et ces idées
Noires, suicidaires jusqu’à en bander ?

Mais je ne quitte pas l’hôtel,
Même si l’occasion est belle.
Foutu complexe touristique,
J’ai trop aimé avoir la trique.

A la fleur de l’âge, pousse les ambitions
Comme les poils au milieu des garçons.
La liberté n’empêche d’aimer les couleurs
Des couloirs de ce pénitencier où j’effleure

L’amour, la mort, les angoisses et le bonheur.
J’ai exploré les environs, j’ai perdu des heures
A m’émerveiller d‘un futur à tout vouloir m’offrir
Comme si la jouvence ne pouvait jamais flétrir.

On pense que la carte est un puit sans plafond,
On va pouvoir tout s’acheter mais, dans le fond,
Rien n’assouvit le vide du trou invisible et béant
Qui reste là, en plein cœur, car on est plus enfant.

Mais je ne quitte pas l’hôtel,
Même si l’occasion est belle.
Foutu complexe touristique,
J’ai trop aimé avoir la trique.

Et c’est là qu’on voit la vie comme une vacance,
Elle passe et s’effile, loin du filet qu’on balance
Dans le Styx remuant. On a acheté des souvenirs
Que je garde pour pouvoir continuer à sourire.

Mots biles

J’ai dans la tête des tas de mots grognant
Des prières vaudous qui resterons muettes.
Mes pensées en cage, sans cesse cognant
Les murs de ma peur, ne font pas la fête.

Elles feulent des avertissements incompris
Face à une proie inconscientes de son rôle
Dans le drame que Dame nature lui miaule.
Je n’attends qu’à pouvoir te faire payer le prix.

Enfin tu rugis de douleur à la vue de mes crocs !
Et même si j’avais tout fait pour te voir ramper,
Tu veux t’arracher de mes griffes et décamper
Avant que je déchiquète ton corps un peu trop.

Désossé

J’ai de la mélasse dans mes veines
La tension à un à l’heure.
Pourvu que les journées se trainent
Pour que rien ne meure

Y’a trop de bouchons dans mes nerfs
Pour pouvoir me révolter.
J’aimerais tellement être encore véner,
Encore jeune et survolté !

Mais la vie m’a désossé,
Trainé dans tous mes états,
Vendu à la découpe.
J’ai été plus que rossé
Par tous ces mauvais ébats.
J’ai bu toute la soupe,
Mais je n’ai pas grandi,
Mais ne pas vraiment appris.

Faut que je tente de tout reconnecter,
Neurone par neurone
Avant que la montre décide de m’éjecter
Avec ou sans couronne.

Résilience

Tandis que les ennuis pleuvent comme les cigales
Et que l’angoisse tambourine les cymbales,
Je regarde en souriant les vautours dans une danse
Faisant voler la fine poussière en abondance.

Alors même que le soleil brûle ma viande trop cuite
Sans se soucier de pouvoir écrire une suite
Dans la foulée, je dégouline de ce combatif bonheur
Qui irradie mes sens car je voir venir l’heure.

Ils ont beau lâcher les chevaux au galop sur les routes,
Retirer les lambeaux de moi en tas de croûtes,
Je n’en démords pas, j’avance surement, coute que coute,
Je file à pas lent vers ma destinée, sans doute.

Chaque petite goutte va te nourrir
Jusqu’à ce que, d’épuisement, en sourire,
J’épuise mes farces pour tenter de sauver
Tout ce qui peut l’être, car je l’ai rêvé.

Au placard les espoirs

Dévore ma peau, j’te dis !

Goûte ma chair de poule

D’aimer n’est pas maladie,

N’écoute pas cette foule

Ce sont des singes savants

Qui ne savent rien de toi,

De tes fantasmes émouvants

Ou de la Nature et ses lois.

Bois mes paroles, apôtre

En devenir de mes nuits

Qui deviendrons nôtres.

Jamais l’Amour ne nuit.

Tu n’as aucune raison de laisser

Au placard tes espoirs.

Tu as toutes les raisons d’enlacer

Avant de nouveau choir.

Les mots vont sortir en fontaine

Quand tu vas comprendre

Que tu te moques de leur haine

Car ta vie n’est pas à vendre.

Explore ton cœur naissant.

Il va te dire de conquérir

Des terres sans médisants,

Je suis prêt à tout t’offrir.

Arrête de mimer tes vieux

Dans de tristes incantations

Bien loin de ce que tu veux,

Loin de tes vraies passions.

L’indésiré

Je n’ai pas manqué de sang d’encre
Quand j’aurais voulu des sentiments.
Mes yeux n’étaient pas de la bonne couleur
Mais je ne méritais pas les bleus.
J’essuyais les plâtres à la pelle
En espérant une planque pour faire la belle.

A trois-zéro, la balle au centre,
Je continuais à voir mes tourments
Alors que mes nuits étaient sans terreurs
Et le jour un enfer au ciel bleu.
Vous ne viviez que pour elle
Et moi j’espérais faire sauter ma cervelle.

J’ai jeté une bouteille à la mère,
Et elle l’a noyée dans l’indifférence
Comme si de rien n’était, surtout mon âme.
J’ai cherché à me débarrasser
De cette couronne d’épine
A en égarer les morceaux de mon futur.

Tout avait un sale goût d’amer
Lorsqu’il aboyait la quintessence
De ces édits pour me voir partir en flamme.
Dans un jardin d’opiacées,
J’ai enterré la cocaïne
Dont j’aurais besoin pour la morsure.

Je n’ai pas de mots assez forts
Pour définir l’indifférence voulues,
La comédie hypocrite de nos retrouvailles.
Je n’ai plus les jambes
Pour endurer tout ça.
J’ai besoin d’une bouée pour respirer.

Je ne compte plus les morts
Dans ma tête pour voir mon Salut.
J’ai tellement peur qu’elles ouvrent la faille
De gagner enfin l’ambe,
La liberté du forçat
Aura un prix auquel je ne suis paré.

Pas à la bonne place

J’ai beau créé des souvenirs avec toi
Lors de mes nuits, Le temps les effacent
Comme l’eau quand des doigts on trace
Sur le sable, comme tes mots patois.

C’était pas le paradis, ni le purgatoire
Mais certainement loin de mon enfer,
Cette maison où m’étreignais les fers
Quand je ne passais pas dans le hachoir.

Tu semais en moi les mots nécessaires
Pour créer mon propre jardin d’Eden.
Tu as tracé le sillon que dans les veines
Ne me blessent pas trop les faussaires.

Personne ne la voulait
Alors tu as pris la bonne place
Laissé par ces boulets
Dont je goutais les godasses.
Personne pour m’aimer
Sauf à me traiter de fainéasse.
Tu as su en moi essaimé
Les mots pour regarder en face.
Je ne laisserai personne
Dire que tu n’es pas à ta place
Car grâce à toi je donne
Le meilleur pour garder trace.

Que tu sois au purgatoire ou paradis,
J’aurais tant voulu un destin à la Thésée
Pour que tes mots viennent m’apaiser
Mais si aujourd’hui je pense avoir grandi.

Ton trône est toujours sur son piédestal,
Un tapis rouge pour tracer le chemin
Et je suis prêt pour te tendre la main
Et avec toi pouvoir contempler les étoiles.

Ça n’a aucun sens

Goûter à ta peau salée
M’a fait saisir la saveur
Qui manquait au palais.
Je te mangerais à toute heure

Sentir ton parfum boisé
A réveillé mes narines
Pour des nuits si osées
Qu’elles sont plus que coquines.

Entendre ta voix posée
A créé bien des transes
Avec tes mots déphasés
Lorsqu’aujourd’hui j’y pense.

Ça n’a aucun sens
D’avoir tout perdu
Parce que ton existence
N’était en fait pas un dû
Aveugle, muet, sourd
Je n’ai plus de repères,
Juste un compte à rebours
Pour me laisser défaire.

Voir ton sourire solaire
A ébloui les journées
Envahies de froid polaire.
Devant lui, j’étais prosterné.

Toucher ta peau soyeuse
A ébranlé mes nuits enfiévrées
Où mes mains cailleuses
Faisaient tout pour le manœuvrer.

Ça n’a aucun sens
D’avoir tout perdu
Parce que ton existence
N’était en fait pas un dû
Aveugle, muet, sourd
Je n’ai plus de repères,
Juste un compte à rebours
Pour me laisser défaire.

L’infernale attente

Je n’irai pas brûler des cierges
Pour la venue du Messie.
Je prierai les Dieux et les Vierges
Pour fuir sa suprématie.

Les palpitations m’enserrent
A rythme soutenu
Et mon cerveau à rien ne sert
Pour apaiser sa venue

Une aurore réchauffe mon âme
De son astre à venir
Même si la raison à raison s’exclame
« Ton passé n’est pas l’avenir »

Dés la sortie du tunnel, j’ai peur
Que ce voyage sans fin
Me ramène vers ma déliquescente stupeur
De souffrir de ma faim
Qu’un jour nous puissions parler
Sans voir ma souffrance déferler.