Ehsan valse

Il se cramponnait aux jambes de sa mère
Pendant qu’elle lui mitonnait des saveurs
Qui remplaçait le parfum doux mammaire.
Il la suivait pour être près de son cœur.

Devenu enfant, il se cachait dans la maison
Vide pour s’émerveiller des soieries et voiles
Qu’il aimait essayer à en perdre la raison.
Son caractère délicat intimement se dévoile.

Jeune adolescent fluet et loin des standards,
Il prie pour garder sa peau glabre et satinée.
Les claques du père n’en font pas un gaillard.
Les câlins de la mère n’aide pas le mâle né.

Alors Ehsan valse dans les robes de sa mère
Pour oublier son sexe, pour oublier son rang.
Ehsan valse avec un beau cavalier imaginaire
Aux yeux de personne car il habite en Iran.

Et aujourd’hui Ehsan valse aux yeux de tous,
Au bout d’une corde au milieu de la place.
Ehsan se balance sans montrer de frousse
Maintenant qu’il entame sa dernière valse.

Mon cœur déconne

Mon cœur déconne.
Ça bat la chamade mais ça fait mal.
Il en fait des tonnes.
Il me pousse à une crise lacrymale.
Ma tête interprète.
IL faudrait qu’elle lâche l’affaire.
Ce ne sera pas la fête.
Le chemin serait plus long en arrière.

Mon cœur continue
Toujours en foutu mode alternatif.
Il me met encore à nu.
En terme de plantage, il est créatif.
Ma tête veut ralentir
Les oscillations de mon cœur tendre.
Ça ne peut qu’aboutir
A mes fous penchants polyandres.

Mes sentiments valsent
Comme des derviches tourneurs
Au bord d’une salse
Et emporte mes dernières heures.

Mon cœur n’arrête
Pas de me tourmenter joyeusement
Comme si les êtres
S’interchangeaient tel un vêtement.
Ma tête veut le tuer
Pour mettre fin à mes tourments
Que, dans une ruée,
Mon équin cœur encore ment.

Mes sentiments valsent
Comme des derviches tourneurs
Au bord d’une salse
Et emporte mes dernières heures.

Laissez-moi dormir
Pour ne plus continuer de rêver
A ce visage en mire
Dont l’absence me fait crever.

Mon gros problème

Veux-tu ma verge ?
Alors prends ton scalpel et enfonce la lame
Bien profondément pour écarter les berges
De mon thorax.
Tu y trouveras mon cœur dans les flammes
Qui attend patiemment la fin sans Xanax.

Veux-tu mon chibre ?
Alors regarde-moi dans les yeux si tu oses !
De quel côté vas-tu faire tomber l’équilibre
Si fragile que je suis ?
Il y a des lèvres où il faut que tu déposes
Un baiser si tu m’aimes et alors je te suis.

Veux-tu mon pénis ?
Tu vas devoir d’abord conquérir le reste
Si d’aventure tu aimes d’autres délices.
Régale-toi de moi !
Mais je sais que passer tu fuiras la peste
Comme d’autres l’ont fait à chaque fois.

Veux-tu mon membre ?
Prends-le et ne me le rends surtout pas !
Coupe à la racine du mâle. Tu te cambres
Puis tu te casses
Plutôt que de briser mon cœur, cet appât
A malheur qui me cache derrière sa face.

Ce cœur n’appartient à personne

Ce sont les premières lignes d’une autobiographie que j’ai craché il y a quelques jours. Un besoin irrationnel et inconscient de mettre à nu cet évènement qui a marqué ma vie. Sans fioriture. Sans rime. Sans image. Juste les mots aussi bruts que l’action, que le saignement qui a suivi.

Ainsi me révéla-t-il la sexualité. Dix ans trop tôt si l’on se fie à la législation. Un peu moins, m’en est avis. Aucun signe, aucune pensée, aucune émotion, aucun incident ne m’avait prévenu jusque là de mon goût pour les gens de même sexe que moi. Je batifolais dans une enfance insouciante qui n’avait pas encore basculé dans le côté obscur de la violence ordinaire. Pas complètement naïf, je vivais tout de même des jours paisibles.
Jeune garçon sans intérêt ni beauté particulière et légèrement arrondi, seuls les gens de ma famille me décrivaient comme mignon. Je ne m’en formalisais pas. Être normal me convenait. Ma sœur a monopolisé toute la beauté que mes parents avaient en réserve. Cuvée millésime 1977 de très bonne facture. Mes grands-parents m’apportaient tout l’amour nécessaire à un équilibre précaire. Leur ferme me servait de sanctuaire.
Son doigt qui assiégeait mon séant symbolisait mon entrée fracassante dans un monde non désiré qui finirait par devenir le mien. Et sans aucun plaisir sur le moment. Je résistais. La douleur n’en sembla que plus pénible. Subir quelque chose qu’on essaye d’éviter décuple le traumatisme du moment. Ma voix s’étouffait dans la moquette de la chambre. Je gémissais, furieux de ne pas pouvoir sortir de son étreinte. Personne ne m’entendit hormis mon bourreau. Mon ami. Tout du moins, le considérais-je comme tel avant cet épisode digital. Je n’ai aucun souvenir de ses paroles. Elles ne me pénétrèrent pas plus que le reste. Peu importe. Je luttais tout autant en moi-même pour ne pas sombrer dans la folie que contre lui pour ne pas le laisser entrer. Je gigotais avec le peu de force que je pouvais y mettre, face contre terre, lui sur mon dos. Combien de temps assiégea-t-il ainsi ma porte arrière ? Aucune idée. Trop. L’Horloge a tôt fait de ralentir pour savourer toute la torture du monde.
Je ne célébrai pourtant pas ma victoire lorsqu’il décida d’abandonner sa position, sans doute las de ma résistance. Ou peut-être dois-je mon salut non pas à moi-même, mais à sa peur de voir surgir l’un de nos parents ou de nos fratries respectives. Je ne le saurai jamais. Il partit comme si de rien n’était, me laissant seul avec ses monstres que je devais adopter. Comme des virus. Comme des zombies. Combien de fois n’ai-je eu l’angoisse de contaminer ensuite ? Toute ma vie en fait. Même encore aujourd’hui. Une peur primale m’assaille comme une pensée malsaine : et si je reproduisais ce schéma ? Pas un instant, cette pensée ne me céda aucun centimètre carré de tranquillité. Elle a empoisonné ma conscience avec une efficacité désarmante. Blessante. Handicapante. Révoltante. Elle accompagnera mes vieux jours avec la même lueur perverse que ce jour fatidique.
Il avait fait jaillir en moi un univers jusque là fermé à mes sens et me planta là, le nez sur le sol et mon innocence six pieds sous terre. Rien de grave à ses yeux. Peut-être me mens-je ? Il se morfondit sans doute avec autant de douleur que moi ? Je me plais à l’idéaliser.
En tout cas, il n’avait rien à déclarer. Rien à signaler. J’en restais coi. Et que dire ? Comment réagir ? Je n’avais pas compris. Ni le début ni la fin. J’étais sonné. Aucune conscience aiguë de ce qu’il venait de se passer. Même pas que cela changerait ma vie pour toujours. J’y perdais la candeur que je voudrais pouvoir encore chérir. Qu’y gagnais-je ? Même près de quarante ans plus tard, je ne le conçois pas.
Même s’il se trouvait être mon ainé d’un an, je pense qu’il n’en avait fichtrement rien compris non plus. Même maintenant, je reste persuadé qu’il n’a que reproduit l’indescriptible. Qui l’a initié à ce rituel ? Lui seul sait. Et je n’aurai sans doute jamais l’occasion de le lui demander. Je ne le souhaite pas. À quoi cela me servirait ? Ce retour en arrière serait aussi inutile qu’un dessin dans le sable.
Je n’ai pour ma part jamais oublié ce passage à la vie désaxée d’adulte brutal et sans consentement. Je l’ai rangé dans une boite que je rouvre de temps à autre. Un besoin morbide de retoucher du doigt ce mal qui me ronge lorsqu’on me martyrise de nouveau. Un instinct qui me poursuit avec autant plaisir sadique que le Temps. Nous mourrons ensemble.
Je me suis longtemps demandé si mon homosexualité était née ce jour-là ou si cette spécificité ancrée en moi comme une tache se cachait déjà dans un recoin de mon âme, attendant son heure pour frapper. Je n’en sais bigrement rien. Il semble que mon goût pour mes pairs se soit ajouté telle une nouvelle couleur dans le spectre visuel peu de temps après ce tragique accident de parcours.
Je n’avais pas signé pour cela. J’en saigne encore.

Dieu soit loué

Loin d’être le bon samaritain,
Je n’ai pas usé mes pneus sur lui
Toi, ou eux pour un jeu de taquin.
Je ne te laisse pas sous la pluie

Loin d’un bon saint apôtre,
J’ai offert la droite après la gauche
En psalmodiant sur tout patenotre
Mon envie de ta débauche.

Je n’ai pas envie de martyriser,
Mais aimer sans avoir à cicatriser.
Est-il possible que Dieu soit loué
Alors que je n’ai pas signé de bail ?
Est-il possible que Dieu m’ait floué
Quand la vie n’est que bataille ?

Loin d’imiter les évangélistes,
Prêt à te suivre même dans le désert,
Je pourrais de tes paroles faire la liste
Alors qu’à mes lèvres c’est amer.

Loin de te suivre sur la croix,
Je vais poursuivre ce si long calvaire
Pour essayer d’enfin trouver mon roi
Qui fera de moi festin de vers.

Je n’ai pas envie de martyriser,
Mais aimer sans avoir à cicatriser.
Est-il possible que Dieu soit loué
Alors que je n’ai pas signé de bail ?
Est-il possible que Dieu m’ait floué
Quand la vie n’est que bataille ?

Mais l’ange…

Aussi solide qu’un château de cartes,
De la normalité toujours je m’écarte
Malgré les blessures irrémédiables
Que je m’inflige tel un beau diable.

Arrive l’horloge, imposante et cynique,
Qui chamboule les règles biologiques
De la décence : je veux être un père !
Je vais de nouveau tuer les repères.

J’instrumentalise les droits légaux
Pour voir mon enfant jouer au Lego.
J’angoisse, je pleure et je prodigue
Tout pour enfin faire sauter la digue.

De nous deux
Plus rien ne reste des louanges
Qui, d’antan,
Faisaient du nous un tout pétillant
Mais l’ange
Nous sourit de ses yeux bleus
Embrassant
L’univers avec une gourmandise
Débordante.
S’ouvre avec elle la vie trépidante
Qui aiguise
Mes joies, mes peines, mon sang.

J’admire sans jamais m’en lasser
Ses boucles d’or et ses bras m’enlacer.
Je lui accorde tout ce qui m’a été enlevé
Avec l’honneur d’avoir à bien l’élever.

J’ai honneur d’être celui qui lui donne
Tout ce qui faut pour qu’en elle sonne
L’amour que j’ai si souvent de mes vœux
Appelés en suppliant ces vides cieux.

Ne perds pas de vue l’horizon !

Ne perds pas de vue l’horizon !
Embrasse-le en toute saison,
Quelque soit la fièvre ou la raison
Qui t’amène pour chanter l’oraison.

Je sais qu’il est difficile d’avancer
Les pieds ensanglantés.
Il est plus aisé de vouloir laisser
Tout le monde planté.

Les millions de secondes déversent
Les joies et les peines.
Chaque larme qui, en nous, perce
Est une goutte vaine.

Alors traversons là avec panache,
Avec une pirouette
Pour conclure sans qu’on se fâche
Cette jolie petite fête.

J’ai envie de te crier qu’il faut aimer
Mourir sans lendemain.
Nous ne gagnons qu’à nous sublimer
Avant de finir le chemin.

Jean Foutiste

Les mots tournent en rond dans ma tête,
Des poissons rouge sang dans un bocal,
Je les emprisonne histoire que je me mette
Minable et qu’ainsi mon inspiration cale.

Les idées fusent en position stationnaire,
Satellite qu’aucune antenne ne va capter
Car j’ai tout éteint là-haut, nani nanère !
Suis fatigué d’être ici encore inadapté.

Je n’arrive pas à tuer cet enfant fainéant
Que mon père envoyait dans le tourbillon
De ses cauchemars jusqu’au mon néant.
Il est coriace malgré ses airs souillons.

Je me complais dans la complainte
De ma vie de guingois.
Je me complais mais j’porte pas plainte.
Je n’sais pas pourquoi.
Je me complais à attendre que ça passe
Tout seul, lentement.
Je me complais à souffrir, j’suis lasse
De vivre, vraiment.

Je suis en panne des sens deux fois sur trois.
Plus rien n’a de sens quand enfin j’avance
Car dans mon cœur quand t’es pas là, j’ai froid.
Je veux me planter là dans la démence.

Un pas en avant suivi de deux pas en arrière,
C’est pas une valse même si j’ai le mal d’amer.
J’en ai oublié toutes les paroles de la prière
Que je psalmodiais pour le secours d’une Mère.

Où en sommes-nous?

Où en sommes-nous
Malgré toutes nos additions ?
Nous sommes au jour où
Je vais atteindre la saturation.
Je suffoque d’avoir plus
Mais sans avoir plus d’excitation.
J’ai l’impression qu’en sus
Je suis à cran, prêt à l’explosion.

Où en sommes-nous
De toutes ces mesquines divisions ?
J’achève de devenir fou.
Toutes nos règles de vie sans cohésion
M’étouffe, m’enivre
Sans que je retrouve ma respiration.
Je sens cette vouivre
M’enlacer le cou jusqu’à ma radiation.

Où en sommes-nous
De ces traitresses multiplications
De secrets bout à bout ?
La coupe est pleine, en ébullition.
Le barrage va céder
Pour lâcher nos remords en fusion.
Nous serons obsédés
Par cet orgueil d’avoir, à la fin, raison.

Où en sommes-nous
De cette lente soustraction
Qui détruit le nous ?
Cette silencieuse déflagration
A emporté tout
Et même plus de notre union.
Je renais surtout
A l’envie d’être moussaillon.

Je brille ou je vrille

Loin de moi l’envie de coquilles
Qui tomberaient telles des escadrilles
De bombardiers qui me torpillent
A cause de nos nombreuses bisbilles.

Je voudrais me perdre dans une charmille
Où la douceur d’un dessert vanille
Voudrait cajoler mes humides papilles
Après avoir agité mes délicates narilles.

Lorsque du labyrinthe je m’aiguille
Vers sa sortie, guidé par une oupille,
Je voudrais revoir les yeux de ma fille,
Malicieux qui gentiment houspillent.

J’ai parfois l’impression que, si je brille,
Aussitôt tout peut partir en vrille.
Je sens que si le soleil enfin brille
C’est pour qu’invariablement je vrille.

Mes erreurs ne sont pas des peccadilles
Et le bonheur me fuit comme une anguille
A chaque fois que mon étoile brille
Au firmament puis je tombe telle une quille.