Je retournerai sur la Lune

Il y a des paradis lointains
Qui ne sont que chagrins
Faits de cendres
Comme d’ombres.
Mais ils protègent pourtant,
Ils sont réconfortants.
Je les connais.
J’y suis même né.

Loin des foules hallucinantes,
Loin d’être aimante,
Je me protégeais,
La Lune me lovait.
Mais il arrive un atterrissage,
Il arrive l’amour en mirage
Avec ces cadeaux,
Et enfin les maux…

Je suis arrivé sur Terre
Et depuis je me perds.
Je retournerai sur la Lune
Pour éviter la gravité
Du monde où je perds pieds.
Je retournerai sans rancune
Dans l’ombre de ma coquille
Qui, d’habitude, m’habille.

J’ai la peau exposée au soleil
Qui me brûle sans pareil
Comme un toast,
Les larmes accostent.
J’ai le cœur fait de lambeaux,
Lacéré par un beau couteau,
Le sang rouge vif
Fuit tout ce suif.

À petits feux

Le goût de ce venin est amer,
Les gerçures soufflant la braise
Adoucissent l’ire des chaires,
Le mal se meut avec toute l’aise
De ce moment qui me brûle.

Ma peau s’endurcit un moment
Puis la mue opère, les globules
Amène le feu qui tue lentement
Ma raison, mon cœur, mon âme.
Mon destin est une suite infâme.

Le destin poursuit sa route
Et m’écrase comme une fourmi
Et quoique tout cela m’en coûte,
Je souris comme face à l’oubli
De mes peines qui me font face.

Je souris sans joie, je poursuis
Ma route, ma pauvre carcasse
Avance et oublie que si je suis
Un homme, c’est par malheur
Que j’attends ma dernière heure !

L’horizon

Est-elle arrivée au bout de l’horizon ? Nage-t-elle toujours, mon petit-frère sur le dos pour l’atteindre ? Pourquoi ne m-a-t-elle pas attendu ? Sans doute parce que je ne sais pas nager.
Elle reviendra plus tard, lorsqu’elle aura trouvé le paradis que papa et elle nous promettait. Je jalouse mon petit-frère. Il l’atteindra avant moi.
Je suis coincé ici. Sur cette île où papa et moi attendons de savoir ce que la police fera de nous. Je regarde l’horizon pour guetter le retour de ma maman. Combien de temps mettra-t-elle pour revenir ? Elle me manque.
Lorsque l’horizon se dessinait sur le sable, cela paraissait déjà long. Nous avons passé beaucoup de jours et de nuits à traverser des pays et des déserts. Maman ne me manquait pas. Elle me racontait l’endroit où nous allions vivre. Elle me décrivait la grande tour où son tonton vivait. Elle était plus grande que toutes les habitations que j’ai vu dans ma vie. Elle touchait le ciel certains jours. Son tonton disait qu’on pouvait croire que les nuages rentraient dans les maisons. Il pouvait manger à sa faim.
Cela semblait féérique. Maman m’a toujours paru être magicienne. Elle est capable de faire à manger de peu de choses. Elle transformait les maigres réserves en festin. Lorsqu’elle nous chantait les histoires du pays, on l’imaginait convoquer les esprits.
J’envie mon petit frère qui peut encore les entendre. Elle ne chantait plus depuis que nous avions quitté le village. C’est comme si les esprits étaient restés là-bas. Ce qui était bien, c’est qu’elle nous embrassait et nous serrait dans ses bras plus souvent encore. Surtout quand les autres adultes criaient. Elle savait réduire les hurlements. Elle est magique maman.
J’ai eu très peur lorsque nous avons grimpé sur le bateau. Je voyais bien que papa et maman aussi. Elle ne voulait pas. Il disait que nous n’avions plus le choix. Alors elle m’a réconforté et mis à côté d’elle dans ce canot très rempli. Je la serrais du plus fort que je pouvais. Elle n’a rien dit lorsque je me suis pissé dessus. Ses grands yeux tristes m’ont regardé et elle m’a embrassé.
Quand il a chaviré, beaucoup de monde est tombé. Papa a tenté de nous rattraper. Dans les remous de la mer, j’ai tout fait pour ne pas le lâcher. Je me suis cramponné. Je n’ai rouvert les yeux que lorsque nous avons été amenés dans le grand bateau. Papa hurlait et pleurait. Je ne comprenais pas.
J’attends toujours, le regard sur l’horizon. Elle a sans doute atteint l’autre rive. Peut-être qu’ils ont retrouvé son tonton. J’aimerais tant la revoir. La serrer fort dans mes bras. J’essaye de plus faire pipi sur moi pour qu’elle soit fière de moi. Papa pleure toujours.
Reviens maman. J’aimerais entendre encore les chansons d’autrefois. J’aimerais que papa arrête de pleurer. Reviens vite.

Elle me fait valser

J’ai écrit de poème en 2011, après avoir appris que j’étais atteint d’une maladie orpheline incurable qui devait normalement me diminuer insidieusement. Je me suis battu. Je n’ai pas gagné mais elle non plus.

Je ne l’ai pas vu arriver,
De son pas feutré tel un Persan,
Empoisonnant mes pensées,
Alourdissant mes veines de sang.

Je ne l’ai pas vu m’enserrer
Lentement, étouffer ma volonté,
S’agripper à moi, me lacérer
Insidieusement, tout désir ôté.

Mon corps s’est lentement
Arrêté d’obéir à mes ordonnances,
Ankylosé par tellement
De lourdeur, plus rien n’a de sens.

Elle a eu le meilleur de moi,
Elle a pris le contrôle de mon corps,
Détruisant tous mes émois,
Prenant le contrôle de mon sort.

Tout est perdu ou presque,
Dans cette lutte grotesque.
Elle contrôle ma vie
Et elle me fait valser,
De cette valse qui m’étourdit
Et qui ne cesse de m’épuiser.
Je suis un ivrogne à jeun
Livré aux farces du Malin.

Mon sang désormais glisse
Tel un gosse rieur sur un toboggan.
Médicament boite à malice,
L’aspirine est devenu mon onguent.

Mais mon âme mise à mal
Veut reprendre la bonne direction,
Combattre ce mal infernal
Pour une victoire sans conditions.

Tout est perdu ou presque,
Dans cette lutte grotesque.
Elle contrôle ma vie
Et elle me fait valser,
De cette valse qui m’étourdit
Et qui ne cesse de m’épuiser.
Je suis un ivrogne à jeun
Livré aux farces du Malin.

Bientôt en librairie …

Chers lecteurs,

C’est avec un immense plaisir que je vous annonce que la version définitive de “Des papillons dans le ventre” a été validée. Le livre va désormais partir à l’imprimerie pour être tiré à 500 exemplaires.

Cela a été un travail long de deux ans entre l’écriture en elle-même, les cours avec Eric-Emmanuel Schmitt puis les incessantes réécritures… je ne les compte pas !

Il y a ensuite eu les lectures de mes amis proches qui m’ont permis de m’améliorer mais aussi de prendre confiance en moi. Merci à Olivier, Christine et Charlie notamment pour cela. Votre aide a été précieuse.

Et puis il y a les Editions Maïa qui croit en moi. Et cela vaut tout l’or du monde. Merci particulièrement à Pierre-Antoine qui croit en la valeur de ce livre, Mathieu qui a fait la magnifique couverture que vous voyez, Anne-Marie qui m’a aidé a développé ma communauté de lecteurs et enfin Tony qui a travaillé à la correction et la mise en forme définitive du livre.

J’ai hâte de vous donner la date définitive de sortie du livre, sachant que, malgré le confinement, vous pourrez l’acheter sur le site des Editions Maïa dès sa sortie. A très vite …

Yann Vénète, plus que jamais passeur d’histoires