La guerre du moi n’aura pas lieu

Je n’ai aucun souvenir de mes premières pièces de théâtre. D’aussi loin que je me rappelle, l’envie d’incarner est pourtant en moi. Je me revois portant toge pour rejouer Pompéi après l’avoir regardé à la télé. Et je souris en pensant surtout à l’agacement de ma grand-mère qui devait replier les draps qui avaient servi pour les costumes. Le théâtre ne faisait pas partie des activités de ma famille, mais ma sœur et moi adorions psalmodier ce que nous avions admiré. Parfois avec des poupées, qu’elles soient Barbie ou épi de maïs. Nous étions souvent les acteurs de nos reprises.

Mon premier plaisir de théâtre, je le connus lors d’une représentation de « La guerre de Troie n’aura pas lieu » que notre professeur de français de seconde nous obligea à regarder. L’image que j’avais de ce loisir était surannée. Je l’imagine rempli de vieilles dames à jumelles tentant de mieux voir les interprètes. Je me figure des comédiens récitant avec un ton enflammé et gênant des textes appris par cœur sans en saisir le sens, tels des robots pouvant mimer une émotion qu’il ne comprenait pas. Quelle barbe ! Ce jour-là, j’aurais souhaité pouvoir être imposteur en m’inventant une excuse. Je ne goûtais de toute façon plus la comédie. Je n’y ai aucun talent.

Je fus surpris en prenant du plaisir à regarder. Les émotions se partageaient d’une rangée à l’autre. Les figurants étaient bien plus vrais qu’à la télé, faits de chairs et d’os tout autant que de choses irrationnelles.

Mon désir d’être dramaturge vient d’ailleurs. Je ne sais pas si cela sera ma voie. C’est le chemin d’un ami qui compte. Comédien, je l’ai déjà vu à l’œuvre. J’ai touché du doigt son envie d’incarner un être qui n’a pourtant que faire de lui. J’ai ressenti son besoin d’électriser le public.

Ce voyage, je ne l’emprunte pas pour moi. La guerre du moi n’aura pas lieu. Je le lui offre. Pour qu’il ait une pièce à présenter et des joies ou des larmes à partager. J’y gagnerai sans doute une partie de cette communion si je vais la voir dans un théâtre. J’apprécie de me dire que je vais transporter les spectateurs autrement que je le fais déjà avec mon roman. Les lecteurs le feuillettent dans leur coin. Je me figure en constructeur automobile qui donne certes un véhicule à émotions, mais qui ne le vivra pas avec eux. En tant que dramaturge, je serai plutôt le capitaine d’un bateau dont j’ai conçu le plan. Mon équipage et moi-même profiterons de la croisière avec le plaisir de connaitre ceux qui vont voyager avec nous le temps de la traverser.

J’ai hâte…

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